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Encyclopédie capricieuse du tout et du rien de Charles Dantzig

15/2/2009 -

Encyclopédie capricieuse du tout et du rien de Charles Dantzig

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Encyclopédie capricieuse du tout et du rien

 

Quand je me dis que j'ai dépensé 25€ pour acheter ce livre alors que je n'avais pas vraiment entendu de bonnes critiques, je comprends pourquoi les médias écrits sont désertés (1). Enfin je me dis que mon amour de la littérature passe aussi par un amour de l'objet-livre, alors 25€ pour posséder un objet, c'est bon, ça fera une bonne déco (enfin seulement quand je l'aurais sorti du fond de mon armoire en l'ayant recouvert de papier journal pour faire une nouvelle couverture).

Je pense que réduire le titre à un seul mot - le dernier - aurait évité à beaucoup de gens la désagrable surprise de se retrouver face à un livre des plus mauvais. Pour reprendre la désagréable impression d'avoir à faire à un recueil de liste de course ou de chose à noter pour ne pas les oublier - oui je sais c'est fait exprès, mais je déteste ça c'est tout sauf littéraire - écrite avec un style fantasque pour faire faire chic. Je vais moi même faire une liste de ce qui m'a déplu.

 

 

Les choses...

...pitoyables

Le style extrêment précieux donnant l'impression d'un livre lançant un nouveau courant littéraire : le "Matuvu".

Le fier étalage d'une culture sans limite (là aussi c'est un nouveau littéraire, le "Jesètou").

Le mot chic.

La modestie ratée faisant entendre en écho : "Ouais, je suis génial..."

...invraisemblables

Les postulats visant à ridiculiser tous les auteurs français.

La volonté d'écrire une oeuvre "littéraire" (je le mets entre guillemets car si la volonté existait sans doute le résultat n'y est pas) à partir de la chose la moins faite pour ça, la liste. Je suis cependant certain qu'un autre auteur peut transformer une simple liste de course en un livre extraordinaire. D'ailleurs le livre n'a ni la beauté drôlesque, originale et explosive des Miscellannées de Ben Schott, ni l'intelligence extraordinaire et la poésie du Je me souviens de Georges Perec.

La volonté de s'affirmer comme chic, élégant, raffiné, intelligent, grand, étonnant, brillant, cultivé (rayer la ou les mentions inutiles...) et donc tellement mieux que les autres.

L'essai totalement vain d'expliquer qu'on ne peut aimer que l'Angleterre et le dandysme quand on est un auteur (donc les aimer fait de soi un auteur génial).

...stupides

L'attention inutile portée au choix des mots (c'est sans doute ce qui a pris le plus dans la conception du livre). [Cf: Les choses... ... pitoyables pour avoir mon avis sur ce style]

L'intention débile de faire mieux parce que différent. La volonté - peut-être inconsciente - de se distinguer par le haut.

L'utilisation du mot "chic" à toutes les sauces. Souvent décliné avec le mot : "anglais" ce qui n'est pas un mal en soi.

La volonté de se distinguer des autres et donc du commun des mortels.

L'intention, la réalisation, la publication et la fierté d'une somme de rien collés les uns aux autres.

 

 

Pourtant, on me fera remarquer que j'ai un amour immodéré pour la figure du dandy et l'Angleterre. On me fera remarquer aussi que j'essaye de me distinguer des autres (mais par le bas), et que je suis aussi une sorte d'iconoclaste de la littérature. C'est vrai, mais je suis quand même bien loin de la stupide volonté de prouver que je suis le plus grand auteur du siècle, que je suis un incompris (comme tous les grands auteurs), que si mes livres se vendent c'est parce que les gens ont compris que ce serait moi et pas Ormesson qui passerai à la postérité.

Non, je n'ai pas aimé ce livre, je crois même que je l'ai détesté. Il a pourtant une vocation louable, l'auteur veut montrer qu'il est possible de dépersonnaliser des écrits basés sur un support exclusivement subjectif (les listes). Le postulat me plairait peut-être, mais le dessein est à peine esquissé, l'auteur ne réussi pas à dépersonnaliser, et lorsqu'il le fait (enfin lorsqu'il croit qu'il le fait) il cherche - semble-t-il - à nous faire culpabiliser de ne pas penser comme lui (ce qui va à l'encontre de toute dépersonnalisation réussie). En plus de cela, les listes - bien que tentant d'être dépersonnalisées - semblent être des révélateurs de son caractère, un prisme par lequel regarder pour mieux le voir. Je crois malheureusement que c'est volontaire (et ce malgré le dénie de l'auteur). Un livre plat, pire que l'insupportable Jacques le Fataliste qui avait au moins l'avantage de provoquer en moi des réactions de dégoût.

Pour continuer à en parler je vais m'interroger sur le sens de cette littérature. C'est très simple, la réponse tient en dix ou vingt mots : cette littérature n'a aucun sens si ce n'est de prouver qu'elle n'en est pas. J'ai trouvé ce livre totalement bouffi, tant par sa taille que par l'orgueil contenu dans ses lignes. L'auteur nous conseille (dans l'une des listes) de ne pas lire les livres "manuels" ("Comment comprendre les femmes?", "Bien gagner sa vie."), dans le principe c'est vrai que c'est primordial. Cela dit j'aurais peut-être dû lire L'Art des listes de Dominique Loreau avant de commencer Dantzig, ça m'aurait peut-être aidé à apprécier cette "encylopédie" (en plus je suis certain que c'est beaucoup plus littéraire et intéressant...). C'est un livre unique qui nous emmène dans les bas-fonds de la fausse littérature, peut-être le pire que j'aie lu. Il m'a cependant convaincu d'écrire moi aussi des listes. Alors j'ai pris un cahier bleu que j'ai commençé avc cette listes : "Les livres les plus inutiles, stupides, effrayants, mauvais, en-deçà de toute littérature, dont le commentaire est ineffable (rayer la mention inutile)" J'ai inscrit en majuscule le nom de l'encyclopédie. Je ne suis pas mécontent... (Pour l'instant c'est la seule liste, et c'est aussi le seul livre, mais je compte faire 800 pages moi aussi).

J'aurais pu terminé par une note de misérabilisme en disant : "pauvre littérature française, pauvre france, pauvre littérature, pauvres auteurs, pauvre monde..." mais je ne le pense pas alors autant ne pas le faire. Je veux bien dire d'un livre qu'il est mauvais, mais je ne veux pas non plus utiliser cela pour prétexter que tout est mauvais, un peu d'énervement mais pas trop de lyrisme ou de spleen (petit rappel à l'usage des critiques littéraires actuels... je dis ça l'air de rien bien sur, je ne donne pas de leçon. Je débute moi, je connais rien à ce qui fait vendre...)

J'aurais aimé aimer ce livre. Le postulat, l'essai si je puis dire, est passionnant. En effet l'idée de partir d'une base qui n'est absolument pas littéraire est intéressante, tout comme la volonté de transformer ce qui est impersonnel et absolument subjectif en un objet personnel mais objectivé. Un livre lisible.

L'éditeur écrit sur la quatrième de couverture que c'est "un livre sans équivalent", là je suis totalement d'accord. Dommage que ce ne soit pas un compliment...

 

(1) Je dis ça parce que je l'ai acheté à cause du tapage des médias écrits. Du coup je comprends que plus personnes ne les achètent, s'il les livres qu'ils mettent en avant sont toujours ceux qui sont les moins littéraires mais les plus commerciaux...

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